De l’Adaptation : Comprendre le Temps Biologique et la Santé Holistique

La vie est un échange permanent d’informations entre énergie et matière, une interaction de forces, parfois contradictoires, parfois complémentaires, qui permettent au vivant de maintenir son organisation, malgré les changements environnementaux, en s’adaptant, si tant est qu’il en ait le temps !

Adaptation biologique : les fondements d’une santé holistique

En biologie, l’adaptation peut se définir comme l’ensemble des caractéristiques qui permettent à une espèce de se maintenir dans un milieu donné par l’ajustement des fonctions anatomiques, physiologiques et comportementales dans le but de survivre et de se reproduire. Si le temps nécessaire au processus d’adaptation est respecté, celui-ci permet à un organisme vivant de s’accorder avec son environnement, dans une recherche d’équilibre et d’harmonie naturelle. De nouvelles aptitudes se développent au fil du temps permettant à une espèce d’évoluer… ou de disparaitre si les conditions de son adaptation ne sont plus réunies, c’est ce que l’on appelle l’adaptation biologique.

Charles Darwin, dans son célèbre ouvrage « L’origine des espèces »1 ne donne pas vraiment une définition de l’adaptation, considérant ce processus comme acquis. Pour lui l’adaptation est ce qui préside à la sélection de l’espèce et qui en est en même temps le résultat.

Sélection naturelle pour Darwin, réaction utile de l’être vivant au milieu pour Lamarck, l’adaptation est rarement une notion sur laquelle l’on s’accorde facilement car elle présente un caractère relatif.

Etienne Rabaud 2, un des plus grands opposant à la théorie darwinienne, considère que l’être vivant n’est pas adapté à son milieu, il y trouve seulement les éléments qui lui permettent de se nourrir ! Cette vision mécaniste qui limite le vivant à des fonctions utiles, et parfois même inutiles (c’est ce que l’on pensait à une époque de certaines glandes : thyroïde, hypophyse…), ne prend pas en compte la dimension dynamique, particulièrement présente dans le règne animal et qui lui permet de tendre vers l’autonomie par rapport à son environnement. Découvrez comment notre formation en naturopathie intègre ces principes d’adaptation.

De l'Adaptation : Comprendre le Temps Biologique et la Santé Holistique

Le temps biologique

La biologie telle qu’elle a évolué au cours du XXe siècle, est à mettre en parallèle avec l’ère industrielle. Le vivant, ou devrait-on dire « l’animé », en opposition à « l’inanimé » est comparé à une machine…aucune autre approche n’est envisagée. Cette vision sert, d’une certaine façon le développement des sociétés occidentales, particulièrement capitalistes, comme le dénonce le chercheur André Pichot 3 dans son ouvrage critique sur la biologie « Éléments pour une théorie de la biologie »4. L’être humain, en cas de « panne » peut être réparé, par des techniques de plus en plus poussées, sans tenir compte de son environnement, ni des forces dynamiques qui l’animent et qui ne procèdent pas seulement de la physique. Pour répondre aux besoins de la société (productiviste) on impose un temps de « réparation » plus rapide, par nécessité sociale, afin que la « machine » puisse repartir et à nouveau produire et… accessoirement aujourd’hui « profiter de la vie ». Mais le temps biologique (cf.focus) est incompressible. Dans la nature, lorsqu’il est souffrant, un animal malade se met au repos un certain temps, faute d’observer cette période nécessaire qui lui permet de mobiliser plus d’énergie afin de se défendre et de récupérer, il risque de ne pas survivre. On connait bien aujourd’hui les cycles naturels de certaines maladies. Les Anglo- saxon ont pour coutume de dire que pour guérir d’une grippe, il faut sept jours avec un traitement … et sans traitement aussi ». Bien sûr dans la mesure ou l’individu n’est pas trop affaiblit ou ne présente pas de comorbidité il serait plus judicieux de respecter ce temps nécessaire, en soutenant l’effort d’auto guérison et l’énergie vitale. Le temps biologique est une période propre à chaque cellule afin d’assurer ses fonctions. Forcer ce temps, tenter de le réduire est anti physiologique et risque de compromettre toutes les chances de recouvrer la santé.

L’adaptation passe aussi par les fonctions psychiques qui se modifient constamment en fonctions des perceptions de l’environnement. Ici encore, le facteur temps est essentiel. Trier l’information, la traiter en l’analysant, décider d’une réponse optimum face à une situation, demande de mobiliser du temps, qu’il soit mesuré en millisecondes ou en jours, ce temps de réponse implique de mobiliser une énergie nerveuse et endocrinienne considérable.

L’adaptation c’est enfin la capacité ; caractéristique du vivant ; à coordonner différentes fonctions afin de faire face à tous les aléas qui se présentent au cours de son évolution pour lui permettre de maintenir un certain équilibre. Les naturalistes du XIXe siècle parlaient « d’harmonie » du vivant. Il ne s’agit plus seulement d’une quête de survie, mais bien de la recherche d’une coopération de tous les écosystèmes entre eux.

Énergie vitale : le moteur invisible de l’adaptation

Si l’on admet la loi générale de l’adaptation, quelle que soit sa finalité, il n’en demeure pas moins une question essentielle : y-aurait-il une « volonté » de la nature à ce que la vie se perpétue à travers la matière ? Si la réponse est oui, il est alors essentiel de prendre en considération la théorie vitaliste qui postule que le vivant est animé par une pulsion créatrice, une énergie (Force vitale, élan vital, Pneuma, Qi, prana) qui sous-tend toute manifestation. Selon Bergson 5, notre perception est entièrement guidée par un seul objectif…rester en vie. L’énergie vitale, pilier de la naturopathie, régule et soutien notre capacité à nous adapter.

Les seules lois de la physique, de la chimie et de la biologie ne suffisent pas à expliquer le mécanisme qui pousse chaque être vivant à s’adapter en développant une formidable intelligence naturelle lui permettant de façonner la matière et ainsi d’évoluer. L’adaptation ne serait pas qu’un processus mécanique ou énergétique, elle serait l’expression d’une pulsion de vie plus subtile, qui servirait l’organisation du vivant.

Afin de survivre au cours des âges, l’Homme a dû faire appel à sa capacité d’adaptation et développer des mécanismes de réaction et de défense. En fonction de sa constitution, de son tempérament et de ses réserves énergétiques, les mécanismes mis en place ne sont pas toujours de même nature. Lorsqu’un individu doit faire face à une situation qui le met en danger immédiatement ou qui l’affecte durablement, il mobilise sa capacité de réaction à partir de ce qui lui aura été transmis héréditairement, l’inné et de ce qu’il aura appris au cours de son existence, l’acquis.

Ce mode réactionnel se manifeste de façon plus ou moins prononcée en fonction de l’intensité des sollicitations (stimuli) et de la durée de celles-ci. Ici encore, le temps reste un paramètre essentiel.

Face à la nécessité adaptative, chacun individu est différent, il ne dispose pas des mêmes ressources, qu’elles soient innées ou acquises.

La capacité d’adaptation ne s’exprime pas de la même façon, en fonction du terrain et de l’énergie dont on dispose, tant au niveau des réserves énergétiques que de la capacité à les mobiliser.

Afin de répondre au mieux aux situations de plus en plus complexes et simultanées (somme d’informations reçues à chaque seconde) qui impliquent une sur-adaptation quotidienne, les systèmes nerveux, endocriniens et immunitaires sont extrêmement sollicités. Tant que l’effort fournis pour s’adapter reste raisonnable en terme de d’intensité et de durée, tout se passe bien. Si la situation perdure ou s’intensifie, les réserves énergétiques s’épuisent et ces trois systèmes peuvent se trouver, à plus ou moins long terme, en difficulté.

Les signes d’une telle difficulté qui s’installe sont bien souvent une fatigue, un désintérêt, une perte de sens, assez vite suivis de troubles fonctionnels affectant en premier lieu le système nerveux puis le système endocrinien et enfin le système immunitaire.

Ces premiers dysfonctionnements, rarement diagnostiqués comme des maladies, sont pourtant des signaux d’alerte qui doivent être pris au sérieux, on parle alors de désadaptation. Ces signaux indiquent que des dérèglements légers puis plus profonds sont à craindre, initiant un processus morbide qui ouvre la porte aux pathologies lésionnelles, auto- immune et dégénératives, faisant ainsi le lit des maladies de civilisation.

L’apparition de la maladie n’est pas uniquement due à ces difficultés d’adaptation, c’est un processus naturel de sélection qui a toujours existé. Les plus forts survivaient, en développant de nouvelles compétences biologiques afin de mieux se protéger et protéger les générations suivantes, alors que les plus faibles, moins adaptables, disparaissaient.

Les agressions bactériennes, virales, les parasitoses ainsi que le vécu (traumatismes psychiques, états d’être, émotions intenses…) ont toujours sollicité l’Homme au cours de son évolution, l’obligeant à construire et parfaire ses propres mécanismes de défense, tant au niveau psychologique que physiologique.

Le temps biologique est resté longtemps en accord avec le temps humain. La concordance entre la nature, les saisons et les activités sociales, les besoins physiologiques, alimentaires on permit à l’homme de développer et consolider sa capacité d’adaptation, certes au prix d’efforts importants ; tant au niveau biologique que social ; mais indispensables à son évolution.

Depuis la révolution industrielle, deux siècles tout au plus sur 8000 ans d’évolution, le passage d’une société agraire et artisanale à une société industrielle et commerciale, a provoquer un décalage entre l’intensité des sollicitations de plus en plus grandes qu’un tel basculement sociétal implique et le temps biologique nécessaire à tout processus adaptatif.

Le facteur temps est certainement un paramètre essentiel dans l’équation « adaptation- désadaptation ». La santé holistique exige un équilibre entre adaptation biologique et respect du temps biologique.

Lorsque toutes les ressources adaptatives sont épuisées, l’organisme peut s’effondrer, après que de nombreux signaux d’alerte aient été envoyés et ignorés, après une longue résistance « pour tenir », c’est l’épuisement… la désadaptation.

Cette extraordinaire capacité d’adaptation trop souvent sur sollicitée, laisse la place à un état d’effondrement. Il peut être passager, mais le plus souvent il se prolonge, affectant le système nerveux, endocrinien voire immunitaire, perturbant durablement l’état physique et psychique d’un individu.

Le temps biologique est compté… c’est le moment d’agir sans tarder !


Dominick Léaud-Zachoval
Article publié dans la revue professionnelle HIPPOCRATE N°8 –Volume 2 octobre 2021


Focus :

Temps biologique : Définis par les divisions cellulaires leur vie et leur déclin, le temps biologique correspond au déroulement naturel de la vie et de ses cycles qui renvoient au vieillissement. C’est sur cette base que sont étudiés les mécanismes biologiques et les systèmes complexes en biologie moléculaire et cellulaire mais également, à un niveau plus élevé, le devenir des espèces à travers l’histoire. Le vivant (le végétal comme l’animal) possède ses rythmes biologiques. Ils permettent une organisation régulière favorisant l’adaptation aux situations et évènements du quotidien. Ce temps, ou rythme biologique, de plus en plus étudié ces dernières années chez l’homme à travers la chronobiologie, participe à de nombreux mécanismes de régulation des horloges internes. Les troubles de ce rythme, perturbé par le temps social, peuvent avoir des conséquences aussi bien sur le sommeil que sur le métabolisme, le fonctionnement du système cardiovasculaire ou du système immunitaire. La variation naturelle de l’intensité d’une activité biologique (production du cortisol ou de la mélatonine par exemple) en est une des expressions.

(Dans le focus ) Sources et références :
INSERM – Dossier Chronobiologie – Les 24 heures chrono de l’organisme
Publié le 13/06/2017
Réalisé en collaboration avec Claude Gronfier, Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL), équipe Waking, unité Inserm 1028, Université Claude Bernard Lyon I (UCBL) Faculté de médecine Rockefelle


Notes de bas de page :

[1] Publié en 1859 pour sa première édition anglaise sous le titre « L’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la survie. » Charles Darwin

[2] Étienne Rabaud, Le domaine et la méthode de la biologie générale, 1919

[3] Chercheur en épistémologie et histoire des sciences au CNRS pour André Pichot, en biologie l’analogie mécaniste remonte au XVII e siècle et n’était alors qu’une métaphore commode, faite faute de mieux ; aujourd’hui selon lui la machine serait devenue le modèle exclusif par lequel les scientifiques tentent d’appréhender le vivant. Or une telle conception du vivant est très critiquable. Selon Pichot, tant que cette conception du vivant comme machine ne sera pas critiquée et tant qu’il n’y aura pas de théorie sur la nature des êtres vivants qui reconnaisse leur spécificité par rapport aux objets inanimés et aux machines, il ne sortira rien de la biologie moderne. Page wikipedia André Pichot. https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pichot

[4] Maloine, 1980

[5] Bergson dans « L’évolution créatrice » (Paris , 1907), définit l’élan vital, comme une « force créant de façon imprévisible des formes toujours plus complexes » telle une pulsion créatrice . Même si cette théorie est contestée depuis la découverte du génome ainsi que par une grande partie du corps médical (Jacques Monod dans « Le hasard et la nécessité » la conteste) elle n’en reste pas moins la base vitaliste de nombreuses médecines traditionnelle ou non conventionnelles comme la naturopathie et les médecines orientales.